De quoi s’agit-il ?
Une prise de sang classique mesure quelques marqueurs ciblés (glycémie, cholestérol, CRP…). La protéomique change d’échelle : à partir d’un seul prélèvement, elle dose des milliers de protéines circulant dans le sang en même temps. L’idée explorée par la recherche est d’utiliser cette « photographie » très détaillée pour estimer le risque de développer différentes maladies dans les années qui suivent.
Comment cela fonctionne ?
Les protéines reflètent ce qui se passe dans nos organes : inflammation, métabolisme, réparation cellulaire… Des plateformes de mesure (comme la technologie Olink) quantifient des centaines à des milliers de protéines par échantillon. Des algorithmes apprennent ensuite, sur de très grandes bases de données, quelles combinaisons de protéines sont associées à la survenue de telle ou telle maladie. On obtient un score de probabilité, et non une réponse « oui / non ».
À quoi cela pourrait servir ?
L’espoir est de mieux repérer les personnes à risque pour adapter leur suivi, parfois plus tôt qu’avec les outils actuels, et avec une seule analyse plutôt que de multiples examens. C’est une approche cohérente avec la médecine préventive et personnalisée.
Où en est la recherche ?
D’après des travaux indexés sur PubMed, un score de risque protéique construit à partir de 1 461 protéines mesurées chez plus de 50 000 participants a permis de stratifier le risque de 45 affections (maladies cardiovasculaires, cancers, démence, mortalité…), avec une performance souvent comparable, voire supérieure, à des indicateurs cliniques usuels (You et al., Nature Communications 2023, DOI). D’autres équipes explorent la même piste pour la détection précoce de cancers, par exemple du poumon, jusqu’à plusieurs années avant le diagnostic (Davies et al., EBioMedicine 2023, DOI).
Est-ce déjà disponible ?
Non, pas en pratique courante. Les auteurs eux-mêmes soulignent que leurs modèles ont été validés à l’intérieur d’une même cohorte et qu’une validation indépendante sur d’autres populations est nécessaire avant tout usage clinique. Ces tests ne sont ni proposés en routine, ni remboursés, ni recommandés en dépistage de la population générale.
Limites, faux positifs et faux négatifs
Comme tout outil de risque, ces scores peuvent se tromper :
- un faux positif (risque surestimé) peut générer une inquiétude et des examens inutiles ;
- un faux négatif (risque sous-estimé) peut faussement rassurer ;
- la performance mesurée dans une grande base de données ne se transpose pas automatiquement à un individu donné ni à toutes les populations.
Un score isolé n’a pas de valeur sans l’évaluation d’un médecin (voir Information, interprétation et diagnostic).
Ce que cela change aujourd’hui
C’est une piste de recherche stimulante, à suivre, mais qui ne modifie pas encore la façon dont on prévient ou dépiste les maladies. Pour évaluer votre risque (cardiovasculaire, par exemple), des examens validés et accessibles existent déjà : parlez-en à votre médecin. Sur des approches voisines fondées sur la génétique, voir Score de risque polygénique : prédire le risque cardiovasculaire ?, et sur l’aide à la lecture des résultats, Une IA peut-elle aider à comprendre une prise de sang ?.